Je m’étais rencardé un peu, je voulais que nous dinions agréablement dans un lieu encore inconnu. J’avais passé un coup de fil, titillé un contact de l’un de ces réseaux à la mode pour que l’on me donne l’adresse d’une bonne table. J’avais réduit le champ de recherche à la cuisine française. Sans doute parce que je pensais que l’offre serait plus large. Essentiellement pour ça d’ailleurs. On me donna deux adresses sises tout près du fleuve et à moins de dix minutes en voiture. Comme la première nécessitait que l’on réserva avec une bonne semaine à l’avance, c’est donc logiquement que j’optai pour la seconde. L’établissement s’appelait Les terrasses du bord de Loire. Je me souvenais être passé à proximité à l’époque où je courrais pour retrouver un peu de souffle et d’endurance. Je passai un coup de fil pour réserver et demandai si il y avait sur la carte un plat pour satisfaire le végétarien que je suis. L’homme jeune, au bout de fil, m’assura de cela et pris note de notre venue, omettant au passage de prendre mon nom (je saurai très vite qu’il n’en avait pas vraiment besoin). Nous partîmes.
Lorsque nous arrivâmes devant l’enseigne, nous pûmes constater qu’il n’y avait pas foule. Je rechigne habituellement à entrer dans un restaurant où il n’y a pas le moindre convive. Ce n’est jamais bon signe. Surtout un vendredi soir. Mais tenaillés par un fort appétit et faisant confiance aux informations transmises, nous entrâmes. Nous fumes accueillis par un jeune homme qui nous montra une table possible, puis une autre. Nous jetâmes notre dévolu sur celle posée près d’un haut radiateur lie-de-vin.
Nous déclinâmes le vestiaire suggéré par le serveur.
L’endroit était joli, sa décoration soulignait sans ostentation la présence du fleuve. On nous amena les cartes. Le menu était fort peu engageant. Il y avait de jolis noms de plats à viande et de plats à poisson avec de jolis prix. Et des suppléments aussi. Je n’ai jamais compris si il fallait rajouter tous ces euros pour manger les légumes qui allaient avec. Des carottes, des poireaux et des topinambours. Pas de quoi se lester l’estomac. Nous commandâmes deux kirs pêche, histoire de prendre notre élan. Je ne vis pas arriver l’apéritif, si circonspect que j’étais.
Plus les minutes passaient, plus nous nous regardions en nous demandant ce qu’on foutait ici. Et le restaurant qui restait désespérément vide. Personne ne nous avait emboité le pas. Il fallait donc réagir et trouver une échappatoire. Je voyais à travers ses beaux yeux profonds que ma compagne ne souhaitait pas plus que moi rester là. D’autant plus qu’il n’était même pas envisageable d’avoir une assiette de frites en lieu et place des rhizomes peu caloriques que le garçon nous annonça après consultation du chef.
Ce n’est pas moi qui annonça notre retraite. Nous nous excusâmes pour ce départ précipité, mais après tout nous n’avions pas fait notre choix. Nous n’étions pas au bon endroit. Nous avions besoin de chaleur, de décontraction et de simplicité. Alors je fis un sort express au kir et allai régler.
Trois heures plus tard, lorsque nous sommes repassés devant cette cantine, nous constatâmes que les lumières étaient déjà éteintes. Nous avons peut-être été les seuls clients de la soirée. Pas de quoi raviver la flamme bleue sous les fourneaux.
Nous avons diné dans un adorable restaurant marocain. Il y avait des tentures le long des murs, un très long tapis au sol, un menu traditionnel fort appétant, mais surtout une âme, de la vie, de l’esprit, de la légèreté et du charme.
Je ne suis que végétarien, mais je me débrouille pour m’habiller et me chausser vegan.
Earthlings est un documentaire essentiel. On peut contester ce que l’on veut, notamment certaines analogies, mais peu importe, il dit ce qu’il doit être dit sur notre façon d’envisager l’animal.
Le texte est dit par Joaquin Phoenix. La musique est de Moby.
La vidéo est sous-titrée en français. Si elle ne démarre tout de suite, n’hésitez pas à avancer un petit peu le curseur.
Le sillon. La ravine. Le torrent de boue. Sous la coulée, je noie ma faconde. J’ai la monnaie de ma pièce. Mais de ma bouche limoneuse, après le dernier souffle, s’extirpera la salamandre.
Les horizons lointains. Je les rêve. Je ne suis qu’à mi-parcours de ma vie. A condition d’être optimiste et de se dire que je suis programmé pour vivre quatre vingt piges. Oui enfin, être un beau vieux ce n’est pas donné à tout le monde. Macha Méril, une belle vieille à particule, dit qu’il faut bien baiser pour durer. Cela ne veut pas dire beaucoup, qu’elle a précisé, mais bien, être dans l’amour et la tendresse. Pour l’heure je rase les murs, vis de langueurs. Reclus presque. En me disant tiens, que la nuit tombe bien vite, alors qu’en fait ce sont les jours qui ne veulent pas se lever. Je sais qu’on arrive à l’heure des bilans, c’est une façon supplémentaire de lambiner, de se dire aussi que l’année qui meurt n’a pas été aussi vaine.
Là, sur la patère, le calicot des nuits heureuses
Étendard soyeux d’un amour sans fard, délié et puissant
Idiome absolu des peaux tannées par le désir languissant
Linceul moiré d’ocre de nos peurs
Ancestrales.
J’en oublie ce journal. Je vis des choses bien trop intimes pour les exposer ici. C’est aussi parce que j’écoute beaucoup de chansons populaires, souvent les mêmes. La même. Aimer ne va jamais sans chansons. Celle qui dit elle. Puis celle qui dit nous comme ça. Puis une autre qui dira nous autrement. Je fais de constats aussi. Que tout est trop court. Les moments de tendresses fines, comme les jours derrière le grand carreau. Je vis des journées atonales, longues comme des dimanches d’hiver. J’y suis bien. Je ne regarde plus ma montre, ai oublié les voix de mon réveil et l’odeur des élastomères cuits. Je vis doucement et je lis : « Il faudrait ne rien écrire que de significatif. De singulier mais sans afféterie. Or je patauge dans l’ordinaire et le tout-venant.* » Maintenant je vais boire un peu de bière.
Je vis doucement, avec Elle pendue à mon cou. A jamais.
C’est un peu comme dans une séquence de L’âge de glace, celle où la bestiole doit mettre un doigt pour empêcher l’eau de sortir de l’iceberg au flanc duquel elle est accrochée. Puis un autre trou se forme. Puis encore un autre. Et l’immense glacier finit par craqueler de partout. Laissant échapper des tonnes d’eau sur la pauvre bête affamée. C’est un peu comme cette scène les mots que je lui envoie, ceux que j’écris tragiquement du fond de ma petite boite sans lumière. J’écris écrasé par la couche anthracite des journée atones. Je lui écrit ce sentiment immense qui me dévore jusque sous l’épiderme. Notre amour sacrifié sur je ne sais quel putain d’autel. Plus je me presse les ventricules, plus l’isfjell prodigieux éclate en trouées éparses. Laissant échapper…
Sa peau. Si je pouvais m’y glisser en intraveineuse. Je ne manquerait rien de ses absences. Ses hanches. Je me souviens. C’était il y a seulement quelques jours. Notre dernière étreinte eut lieu au bord du lit. Elle allait partir. Mais juste pour retrouver son territoire. Juste quelques jours. Le temps de la respiration. Le temps que s’estompe la garance de nos empreintes sur nos corps étourdis. Elle allait partir. Mais pas pour toujours.
Je lui écris. Une bombe a éclaté dans ma vie, bouleversant tout. Je sais que l’amour pur survit.
Mélée, emmélées… est un texte de Leïla Sassem. Je l’ai lu et capté cette nuit.
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Je n’ai pas envie de faire des phrases. Je crois même que je n’ai plus envie d’écrire. C’est con alors que je vais avoir tout le temps du monde pour ça. Je n’ai pas envie de phrase. Je les envoie se faire foutre les phrases. Tout comme le jour. Regarde-le le jour, à cet instant il agonise comme un merdeux. Il ne vaut plus rien. Il se crève. Non, je n’ai plus envie de phrase. Je me demande pourquoi j’ai ouvert ce machin. Pourquoi foutre ? Pour te raconter quoi ? L’amour increvable. Celui qui me bouffe les viscères. Celui que je voudrais libérer, donner en pâture à ton corps. Tu ne sais plus comment je l’aime ton corps. Comment j’aurais aimé m’y imprimer. Te raconter cet amour qui ronge toutes mes heures. Tu me colonises*. Oui, c’est à toi. Je voudrais que tu l’entendes encore le cri mât de notre union*. Je n’ai plus ta peau, alors je me gave de tes mots. Je n’ai pas envie de phrases. Regarde le jour. Il se barre en foutant le feu à l’ouest. Il peut faire son mariolle. Je l’envoie se faire foutre avec le reste. Parce que je ne peux que te raconter l’amour invulnérable. Te raconter comme je voudrais crever dans un dernier baiser.